mardi 28 novembre 2017

Quelques autres (1)

Temps d’avant la mémoire,  présent d’hier ou de demain
Et présent à tout instant, saccade de matière sans passé
Roches insondables, pierres sans fièvre, cimes et vides
Mais toujours aux noms encore tus du Souverain absent
Tu es là toujours en toi-même, être et existence
Comme le fruit innocent de l’éternité silencieuse

Né de l’écume des météores au cœur même du lointain
Terre aux songes à naître encore nue dans sa pureté
Terre indifférente, immobile et toute à elle-même
Et à chaque moment tu congédies le temps
Terre, mer, ciel, sortis de leur propre matrice
Quels rêves tranquilles ceux dont les rêves ne rêvent pas !

Et quand les orages te couvrent d’ombres et de feux
Rien n’arrive encore qui n’est toi et que tu n’as voulu
Et le tonnerre lui-même est ce silence qui t’appartient
Comme l’espace sans fragments aux frontières inconnues
Alors que les vagues qui ne sont pas des vagues
Emportent le sable où tout entière tu te contiens

Car close de partout mais se répandant en tout ce qui est
Tu n’es minuscule qu’à la condition de ton immensité
Et en chaque grain comme en chaque poussière
L’univers qui te couvre hors du maintenant et de l’ici
S’étend tout entier dans ces abîmes dont tu es fait
Et que plus tard la pensée comblera de ses fards

Et pendant que je parle et tente l’impossible
Ta nudité se voile du tissu sonore de mes mots
Puisqu’il faut bien que vive cet être de toi
Qui t’amincit en t’amputant de ce qui le fuit
Comme si pour te connaître et t’aimer
Il devait ignorer  les vastes gouffres où tu résides


Quatrains (80)


Combien de nuits ont coûté à nos mains avides
L' attente des jours qui coloraient les aubes ?
Et lesquelles, parmi ces cendres, valaient l'espoir
De l'accomplissement et de la lumière ?

jeudi 23 novembre 2017

Anecdotes de l'archipel (15)

Anecdote de la pierre

La pierre ne s’offre à aucune clarté
Et n’accueille aucune ombre
La lumière et l’obscurité s’humilient
Face à cette épaisseur impénétrable.

Identité compacte
Elle offre la figure de son obstinée permanence
L’entêtement et l’obsession d’être
Dominent les montagnes
Asservissent les cailloux.


Matières opaques et bornées
Y dorment pourtant
Des miroirs d'émeraudes
Aux chatoiements barbares
Imperceptibles
A ma vue infirme.


Anecdotes de l'Archipel (14)

Anecdote de la rosée


Le mutisme se refuse aux rosées
Leurs langues de pluies
Leurs lèvres de brumes
Leurs bouches d’ombres chaudes
D’un fluide secret et humide
Scandent toujours
Les fables du vide et de l’oubli.


Leurs chants se posent
Au bord des jours
Car c'est du seuil 
Que toujours ils appellent la pénombre
Et cet appel, simplement appel
Simple halètement
Reste  sans oreille.


Car
C’est toujours
Entre des mains trop pauvres
Que nous recueillons
Ces fragments de nuit
Aux reflets sonores
Et aux danses de velours.

Le savons-nous ?
C’est en vain
Que nous y trouverons

Notre image.

Quatrains(79)

Nos paroles sont des ophites de silence
Qui  ne révèlent rien
Du  verbe réticent
Dont elles sont les torrents.

Anecdotes de l'Archipel (13)


Anecdote de l'Antérieur

L’antérieur  est un beau parleur
Qui adapte ses angles
Et ajuste ses fables.
Il a la métaphore
Bavarde,
Comme l’origine d’un écho.

Si on ne suit pas l’antérieur
C’est qu’il marche
A reculons
Et prétend se précéder lui-même.
Sillage qui s’ouvre devant
Toi
Il te vide et t’explique.

Partout où le Temps est
Il te recouvre de sa tunique
Sans couture
Et il n’est d’itinéraire
Qu’il n’ait endetté.

Seul,  le pas suprême l’exile.
Pourtant tu passes ton temps
A ne pas mourir.

Quatrains (78)

Et en ces heures souveraines
En ces sentiers du Verbe 
Pèlerins de l'oubli
Une trêve sans rêve s'est levée

Quatrains (77)

Les morsures ont l'habitude du vif
L' urgence impose alors le retrait
Seul le repli protège ton ombre
De l'ivresse venimeuse du monde



mercredi 22 novembre 2017

Quatrains (76)

Vivre est l'appel de ce qui se tait
A l'approche du soir
Lorsque la fin et l'origine
Retrouvent leur terre commune

Quatrains (75)

Si nous abaissions le ciel
Nul besoin nos cous n'auraient à se tendre
Nos prières mêleraient les nuages à la fange
L'infini flânerait sur des routes de ténèbres