mercredi 2 mai 2018

Cité

                                             I.

Des nuages gris qui filent sous la lune. Le long de filins accrochés aux façades, de petites ampoules suspendues par dessus les rues, longues et courtes, courbes et droites. Tout le long, des façades basses ou hautes, étroites ou larges qui courent à l'horizon se perdre dans leurs propres lacis où s'enfonce la nuit. Des champs de pavés arrondis, alourdis ou usés par la pluie incessante, brillants et lisses. Le regard porte court, sur une petite lumière de nuit où se glisse une silhouette éphémère, et les maisons qui s'agitent, dansent et rompent leurs cadences dans un bruit où craquent les joints. Le seul est partout, dans ce regard de la cité, les étoiles effacées par le vent et la pluie qui frappent sèchement les toits noirs et rouges. Les rues s'évadent d'elles-mêmes, emportant au loin une voiture qui passe, aux formes rondes et aux phares jaunes qui brisent l'obscur en embrasant le silence. Au delà des masses sombres enchevêtrées, charbonneuses, de longues tours métalliques ruisselantes de solitude, inactives maintenant, entre ces dômes lourds où vécut la sueur et la soie. En couches successives, plus hautes et plus basses, nouées aux tentacules d'un même destin, ces tours, ces fleurs sombres de l'hiver, penchées au bord d'un canal, loin, plus loin, plus profond que la nuit encore, là où les chants se sont engloutis, dévorés par les sangsues de misère et d'abondance. 

Il pleut maintenant sous la lune une sarabande pleureuse qui enchaine les murs. On voudrait l'aimer. On y étouffe. C'est un drame aux multiples cours, aux  obscurités tristes et sales où meurent sous abri les regards naissants.

dimanche 8 avril 2018

Chute (2)

Tu naquis liquide, mourus pétrifié.

Sous ta langue le bouillonnement muet
le verbe tu, le deuil accompli

Dans ce pays vide, le silence des filets
recueillit l'écume dissipée 
qui parlait dans tes rides

Tu écrivis des lettres de poussière
dans ces chemins de campagne
ces sentes de sommeil 
Ce monde sans fruit 
à l'ombre des vergers fleuris

lorsque les cieux se voilent
lorsque se brise la nuit

Tu fus source de pierre au milieu des flots
l'attente pâle où tu te figeas.
 

mardi 3 avril 2018

Chute (1)

Elles vinrent ces flammes innocentes
En ces jours domestiques, aveugles et somnolents
portées par un fatal été
soudoyer ta conscience
et de tes rêves élever des images et des morts

comme un poison posé sur tes lèvres
une racine mortelle sous la langue
brûlant tes jardins bientôt en cendres
Elles passèrent, ces flammes ignorantes
remplir tes plaines d'un suc pâle, puissant et douloureux

Marches-tu encore de cette langue de plaie
la peau arrachée de tes lèvres
avec sous tes pas, le chemin brûlé
où poussent les croix

Marches-tu encore sans dire
cette peau qui s'abrège
et ce sang  qui se fuit

en ces lieux d'abandon
où les ombres s'efforcent.


lundi 2 avril 2018

Mes Amériques (3)

Ce n'est pas dans ces souffles, 
anonymes  coursiers des mers
non plus vers l'obscur ailleurs, ni en ton rêve clair comme l'embrun des aubes
ni sur les plaies des risées de la surface insondable
Seulement dans ta solitude froide entourée d'horizons

Tu t'enfouis sous ton rêve, parfumé et chantant
laissant là tes vivants  et leur nuit 
pour des paupières légères
suspendues à tes îles, aux fruits de tes déserts,
aux heures dénudées où tu te rejoindras

C'est dans un regard d'eau,  suspendu à la houle
que s'annonce la parole, belliqueuse et nocturne. 



Mes Amériques (2)

Le roulis qui t'emporte est un détroit
un risque pour tes rives
le prétexte des vagues silencieuses
enflées de leur matière haineuse
pour tes routes cardinales

Routes d'Ouest aux écumes de sang
chemins de blessures qui mènent aux ports
où tu feras naufrage
tes voiles pleines encore
de tes tempêtes de nuit

ces encres qui appareillent
comme un vaisseau d'averse
qui s'enfonce sous la houle


dimanche 1 avril 2018

Mes Amériques (1)


                           Rien à voir, juste l'Amérique, pour me faire plaisir

C'est aux confins de la nuit
et au  seuil du jour
lorsqu' épuisées de briller
s'évadent les étoiles
qu'encore nocturne  se glisse une parole
Aux prémisses des aubes

Bourgeon de silence,  mutisme des jardins, 
rose souterraine,  jacinthe de nuit
J'y invente des serrures d'eau
Ces bouquets de verrous que je t'offre

à toi 

qui étendit ses ailes  
sur les océans lointains
où le regard fleurit et espère

samedi 31 mars 2018

chants des guirlandes amères (4)

Enclore  les ombres dans tes paroles

Murailles épaisses, espace nu, infranchissable
Tes mots sont d'ombres et de nuit : 
les aubes y jouent de la lyre
dont les jours naissant égarent les étoiles

Toujours tu es là,  à appeler les routes, 
comme steppes affamées
à héler le temps que ces routes traversent
Pâtre ou berger tes troupeaux absents courent pourtant

là où l'esprit attend de toi la mer 
Et tout ce qui y règne

Chants des guirlandes amères (3)

Tapis de printemps descendant des collines
jaune puis bleu puis jaune au milieu des prairies des jours
Frissonnantes comme des perles humides

en ces matins d'avril 
qui te trouvent clos dans ta nuit glacée

Silences épanouis dans cette lumière confondante
où les lignes s'effacent sous la matière chaude
comme l'annonce d'un vent lointain : heures tourmentées,
plaines sans repos, appel sourd d'un souffle ignoré,
Tu cueillis les roses froides de tes hivers et tes mains

Enfin fleurirent, caressant l'obscur qui grandit
De l'inique blessure qui ferme ton ventre

La pluie s'écoule du sang de tes pères

Chants des guirlandes amères (2)

Torrents sombres qu'ivresse offre
au passant
Un peu de cet oubli des tombes
où déjà nous vivons
Et de ce peu  qui s'enfuit et ensable
l'attente
Nait la vague amère
Et la brise 
qui emporte nos reflets

dimanche 4 février 2018

Chants des guirlandes amères (1)

Lourde la route, lourd le sang
de processions et de manèges
le long de voyages invisibles
aux langues étrangères. Seul

et tout bas, sans hâte, à suivre
rives et ombrages endormis
dans la pâleur d'un soir.

Mais lorsque l'éternité, serpent sage,
siffle à mes oreilles le frisson

des guirlandes amères

j'étreins la terre et attends
que se séparent les sources d'antan

Attends seulement l'envol
dans la paix bleutée d'un instant